Sopron, pas Ödenburg!

Sopron n’est pas devenu Ödenburg, et, pour citer le régent Miklós Horthy, « la population s’est, à hauteur de 75%, prononcée pour la Hongrie.

Zoltán Babucs
Forrás: l’Institut d’Étude de la Magyarité2021. 12. 19. 8:58
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Après Trianon, beaucoup ont pu croire qu’après la défaite, le cirque pacifiste délirant de Károlyi, les 133 jours sanglants de la commune des Conseils, les occupations roumaine, serbe et tchécoslovaques synonymes de pillage complet et d’humiliation totale, le dictat de Trianon tranchant la gorge de la nation, il ne pourrait plus rien arriver de pire. C’est alors que vint l’an 1921, qui plaça devant de nouvelles épreuves ce royaume de Hongrie amputé, conduit par le brave Miklós Horthy de Nagybánya [« brave » traduit vitéz, qui faisait partie du titre officiel de l’amiral Horthy – n.d.t.], diplomatiquement complètement isolé, économiquement, socialement et militairement sinistré.

À en croire les souvenirs du ministre des Affaires étrangères de l’époque, le comte Miklós Bánffy de Losonc, « le traité de paix avait ordonné que, dès après sa ratification, des frontières définitives entrent en vigueur. Les Serbes devaient évacuer la partie du comté de Baranya qui nous restait, tandis que nous devions laisser à l’Autriche le Burgenland. Cette cession fut tout particulièrement douloureuse. Les autres parties du pays que Trianon accordait à nos voisins avaient été occupées dès la fin de la guerre, et ceux qui en prirent possession en avaient expulsé les dignitaires hongrois dès après le cessez-le-feu. – La situation du Burgenland, néanmoins, était différente. Là-bas, nous étions toujours en possession. C’était au gouvernement hongrois d’agir : l’ordre devait venir de lui. Il devait lui-même donner à ses autorités locales l’ordre de partir. C’était comme si, après avoir tranché la main de quelqu’un, on lui imposait par-dessus le marché de l’offrir lui-même sur un plateau d’argent, bien lavée comme il faut. Pour comble de douleur, le pays auquel nous devions concéder Sopron et sa région n’était pas un pays vainqueur, mais l’Autriche. Il y avait là-dedans quelque-chose de terriblement humiliant, une sorte de moquerie infernale. Pendant des siècles, les Hongrois avaient combattu pour défendre leur patrie contre l’Autriche. Et au moment où l’Entente démembrait l’Empire autrichien, c’est alors qu’elle nous a demandé de céder à ce qui restait de l’Autriche des terres qui avaient toujours été les nôtres. Et elle nous le demandait alors même que l’Autriche était un pays vaincu, au même titre que nous. Alors même que c’est justement notre association avec l’Autriche qui nous avait précipité dans la guerre. Dans une guerre dont, en Hongrie, personne ne voulait. […] Et maintenant, maintenant ils nous demandaient de céder à Vienne, sur nos possessions ancestrales, des terres qui avaient toujours constitué une propriété hongroise, depuis la Maison d’Árpád. Cette exigence était réellement une idée perverse. »

Réfugié de Transylvanie du Sud, le capitaine de hussards en réserve Viktor Maderspach écrit à ce propos que « les hommes issus de familles de militaires de carrière ne font pas d’irrédentisme » et que « au cours du mois d’août 1921, il est devenu évident que le gouvernement hongrois avait perdu la campagne diplomatique lancée pour sauver la Hongrie de l’Ouest. Le moment était venu pour les organisations de la société civile d’entrer en action pour éviter la perte par notre patrie de ces territoires irremplaçables du point de vue de leur valeur culturelle. »

Le gouvernement hongrois dansait littéralement sur une lame de rasoir : il n’avait pas le droit de soutenir – si ce n’est en secret – les insurgés. Les armes de la Rongyos Gárda venaient d’Autriche : elle les avait rapportées pendant l’été précédent du dépôt d’armes de Fürstenfeld, et cet arsenal, conservé dans les hameaux entourant la ville de Kecskemét, avait été expédié en Hongrie de l’Ouest en août 1921, par colis postaux. Frappés d’interdiction sous pression étrangère, la Ligue de la Hongrie de l’Ouest (Nyugat-magyarországi Liga), l’Association des Hongrois Éveillés (Ébredő Magyarok Egyesülete), le Pacte du Sang à la Double Croix (Kettőskereszt Vérszövetség) et autres organisations et associations irrédentistes ont commencé à mobiliser, la Rongyos Gárda a mobilisé ses troupes, tout comme le Cercle de la Jeunesse (Ifjúsági Kör) de Sopron, qui a disséminé des « appels au soulèvement » portant le texte suivant : « Cher Ami ! La patrie nous appelle. Il n’y a pas de contrainte. Que ceux qui le peuvent se présentent d’eux-mêmes et immédiatement à Sopron, où nous prendrons soin de leur hébergement. »

Le 20 août 1921, à Sopron, tout cela débouche sur une manifestation de masse, car les braves póncikters [surnom d’origine allemande (Bohn(en)züchter : « cultivateur de haricots ») donné aux paysans hongrois, principalement viticulteurs, de la région de Sopron – n.d.t.] refusaient que Sopron, sous le nom d’Ödenburg, ne devienne la capitale d’un Burgenland bricolé de toutes pièces par les Autrichiens. D’après les souvenirs d’Ernő Träger, « des centaines de poings se sont levés, et des voix maudissant l’Autriche se sont fait entendre dans la foule. Les mandataires des puissances de l’Entente, intérieurement ébranlés, regardaient autour d’eux, et furent impressionnés par la fidélité et l’attachement que les gens manifestaient à la Hongrie. » Comme c’est le 29 août que Sopron devait être cédé à l’Autriche, les bureaux des autorités hongroises avaient été vidés, et l’Armée Nationale s’était elle aussi retirée. Pour le compte de la Hongrie, la cession devait être supervisée par le comte Antal Sigray d’Alsósurány et de Felsősurány, commissaire gouvernemental, tandis que l’ordre public devait être maintenu par le IIe bataillon de gendarmes de réserve sous les ordres du major chevalier Gyula d’Ostenburg-Moravek.

« Sopron est un joyau hongrois, et ce depuis mille ans », « Sopron appartient aux habitants de Sopron » – clamaient, à raison, les gens de Sopron, qui se sont subséquemment tournés vers le lieutenant-colonel Pál Prónay, commandant le 1er bataillon de chasseurs ; ce dernier a rapporté l’épisode dans les termes suivants : « Plusieurs citoyens [ou « bourgeois » – n.d.t.] de Sopron, conduits par le maire [Mihály] Thurner, sont venus me trouver à la caserne Nádor de Budapest, pour me dire que j’étais leur dernier recours. – Aidez-nous, Monsieur ! Nous sommes censés céder la Hongrie de l’Ouest – tels sont les faits accomplis –, faites quelque-chose, essayons au moins de sauver Sopron. […] Ce qu’entendant, j’ai aussitôt pris les mesures qui s’imposaient, aussi bien dans le cadre du bataillon qu’auprès des organes irrédentistes qui lui étaient liés. »

Le 28 août, les gendarmes autrichiens franchissent la frontière historique séparant les deux royaumes, mais, à la hauteur du village d’Ágfalva, les « loqueteux », conduits par le sergent-major d’infanterie Mihály Francia Kiss, le sergent-major d’aviation Károly Kaszala d’Oszlány – qui avait remporté neuf victoires aériennes au cours de la Grande Guerre – et le capitaine de hussards Viktor Maderspach – terreur des soldats roumains – les repoussent. Les gendarmes – portant casquette à plume de coq – du major Gyula d’Ostenburg-Moravek entrent dans Sopron, pour empêcher l’occupation autrichienne de la ville et de ses environs, tandis que le commandant du bataillon déclare au commissaire gouvernemental Sigray qu’il n’est pas disposé à céder la ville et « qu’il ne quittera pas Sopron vivant ».

Les révoltés reprennent Ágfalva et Brennbergbánya, combats dans lesquels les diverses unités spéciales – et notamment la Rongyos Gárda – ont joué un rôle important, avec leurs troupes composées de patriotes et d’antibolchéviques : officiers, sous-officiers et soldats sortis de la Grande Guerre, membres de l’ancienne Division Sicule (Székely Hadosztály) de l’armée républicaine, paysans des environs de Kecskemét, de Kunszentmiklós, de Gödöllő, élèves de l’École Normale de Sopron, du lycée agraire de Magyaróvár, étudiants de l’Université Polytechnique de Pest, réfugiés de l’Académie de Selmecbánya [aujourd’hui Banská Štiavnica en Slovaquie – n.d.t.], lycéens de Kecskemét et de Győr, plus quelques insurgés albanais et bosniaques, qui ont aussi participé aux combats.

À la hauteur de Sopron, en plusieurs points, les hommes du lieutenant d’aviation de réserve Iván Héjjas retirent les rails du chemin de fer, de façon à empêcher l’arrivée des renforts autrichiens. Déclenchée sur les rives de la Lajta et de la Pinka, cette insurrection de la Hongrie de l’Ouest a duré deux mois, le long d’une ligne de front de 200 kilomètres, sur laquelle cinq « armées d’insurrection » ont combattu, tandis que les cheminots et les scouts hongrois leur prêtaient partout main forte. Dans les combats livrés aux alentours de Sopron, vingt-quatre insurgés sont tombés, tandis qu’un insurgé est mort de maladie. Parmi les héros tombés au champ d’honneur se trouvait un soldat du bataillon d’Ostenburg affecté au maintien de l’ordre : Ferenc Pehm, parent de József Pehm, qui allait devenir l’archevêque-primat József Mindszenty. C’est – entre autres – leur souvenir qu’immortalise le roman de Gyula Somogyváry intitulé És mégis élünk [« Et nous vivons malgré tout »].

Menant une résistance de guérilla, les insurgés – que les Autrichiens appelaient des bandits, tandis que la presse occidentale parlait de civils, d’insurgés, de patriotes et de défenseurs de leur pays –, après avoir arrêté l’avance autrichienne au gré de plusieurs batailles (notamment devant Ágfalva, Pinkafő, Alhó et Burgóhegy), ont, le 4 octobre 1921, proclamé la création, sur le territoire qu’ils contrôlaient, du Banat de la Lajta (Lajtabánság), à la tête duquel ils ont élu Pál Prónay – sous le nom de Pál Doborján – en qualité de ban [ancien titre nobiliaire hongrois des marges méridionales du Saint-Empire, équivalent à celui de vice-roi, et correspondant à des fonctions similaires à celles des voïvodes électifs – n.d.t.]. Pour assurer les revenus dont elle avait besoin, cette formation étatique éphémère, d’une superficie de quatre mille kilomètres carrés et d’une population de 200 000 habitants, a prélevé des droits de douane et émis des timbres ; ne serait-ce que par sa simple existence, elle soutenait le gouvernement hongrois dans la poursuite de ses objectifs politiques, étant donné que, suite à la seconde tentative manquée de restauration monarchique, une médiation italienne a permis à la Hongrie et à l’Autriche de s’asseoir à Venise à la table des négociations. La partie hongroise s’est engagée à évacuer les territoires tombés aux mains des insurgés, en échange de quoi l’Autriche a accepté que l’appartenance étatique de Sopron et de ses environs soit soumise à référendum.

Du 14 au 16 décembre 1921, Sopron et huit villages de sa région – Ágfalva, Balf, Fertőboz, Fertőrákos, Harka, Kópháza, Nagycenk et Sopronbánfalva – ont décidé qu’ils ne voulaient pas de la domination autrichienne, mais souhaitaient rester sujets de la Sainte Couronne de Hongrie. C’est ainsi que Sopron a pleinement mérité son titre de Civitas fidelissima, qui lui a été accordé en vertu de la loi XXIX de 1922 (sur l’inscription dans la loi de la commémoration du référendum de Sopron), dont le préambule affirme que : « La population du territoire sur lequel a été organisé le référendum de Sopron, quand, au milieu de temps troublés, sa fidélité à l’État a été mise à l’épreuve, a, à l’occasion du référendum, administré, sans distinctions de langue ni de race, la preuve de son inébranlable loyauté à l’État hongrois millénaire. Cette manifestation d’attachement et de fidélité a conforté, dans le cœur de tous les fils de la patrie hongroise, l’espoir de se diriger vers un avenir plus heureux et de voir advenir le triomphe éternel de la vérité divine. »

Sopron n’est pas devenu Ödenburg, et, pour citer le régent Miklós Horthy, « la population s’est, à hauteur de 75%, prononcée pour la Hongrie. Et, chose peut-être plus importante encore : la Hongrie a choisi d’obtenir la révision par des voies pacifiques, et une première fissure est apparue dans le mur de prison construit autour d’elle. »

Zoltán Babucs

Chercheur de l’Institut d’Étude de la Magyarité

Le texte original est consultable ici.

Photo: Wikipedia

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