– Pourriez-vous donner un exemple concret de cette tendance ?
– Un de ces jours, j’ai entendu dire qu’en Amérique il y a quelqu’un qui souhaite épouser son propre enfant. Cela a servi de prétexte à une intensification des messages incitant à se débarrasser des tabous entourant « l’inceste consensuel ». Or pour attaquer l’interdit de l’inceste, on emploiera exactement la même argumentation qu’en faveur du mariage gay : on expliquera que cet interdit a varié d’époque en époque, qu’on n’a pas toujours défini l’inceste de la même façon. Et s’ils s’aiment, qu’est-ce que ça peut vous faire ? En quoi une relation incestueuse devrait-elle déranger ceux qui ne vivent pas dans une telle relation ? Ont-ils peur de perdre des privilèges ? Gagneront-ils quoi que ce soit à l’interdiction d’une relation incestueuse ? Pourquoi ne pourrais-je pas épouser ma propre mère, si je le souhaite ? Et ceci n’est pas qu’une hypothèse théorique : en Amérique, de telles revendications existent. Et les partisans de la pédophilie recourent au même système d’argumentation.
– A long terme, quelles risquent d’être les conséquences de la propagation de l’idéologie du genre ?
– Quand on refuse de reconnaître que la biologie prête à conséquence, cela peut provoquer des pathologies mentales très diverses. Quand nous avons une utilisation inappropriée de nos outils ménagers ou de notre véhicule, ils tombent en panne ; quand un bâtiment est construit dans le mépris des lois de la physique – sous prétexte que ces dernières seraient des inventions arbitraires – ce bâtiment va s’effondrer sur nous. Et si nous ne sommes pas capables de comprendre la cause du désastre, nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer. Il n’en va pas autrement quand nous sommes nous-mêmes l’objet d’une telle erreur.
– L’objectif des adeptes de la théorie du genre est – comme vous l’écrivez – la création d’une société exempte de rôles de genre. Une telle société pourrait-elle fonctionner ?
– Les adeptes de la théorie du genre sont à la recherche de la liberté absolue, d’un monde où aucune norme ne la limite jamais. Ils pensent qu’il ne suffit pas qu’il existe une normalité centrale en marge de laquelle chacun peut vivre sa vie comme il l’entend, parce que dans ce cas, ceux qui s’écartent de la norme peuvent en souffrir émotionnellement – en d’autres termes : ils préfèreraient qu’il n’existe aucune norme, ou plutôt une norme minimaliste édictant seulement l’absence de norme, et l’obligation faite à tous de l’accepter. L’ennui, c’est que cela mènera à une atomisation aggravée du corps social, et finalement à son éclatement.
– Cela implique qu’on considère la famille comme la base de la société.
– Carle C. Zimmerman a écrit un livre intitulé Family And Civilization, dans lequel il étudiait le lien entre force de la famille et stabilité de la société. Sa conclusion était que là où la cohésion familiale s’affaiblit, la société s’effondre. Dans sa modélisation, une société comme la nôtre relève de la phase ultime du dernier stade. Zimmerman a prédit avec précision ce qui allait arriver à la fin du XXe siècle. La société des mouvements LGBT cessera tôt ou tard d’exister, et les droits que ces mouvements ont obtenus disparaîtront en même temps qu’elle.
– Vous parlez aussi de la construction d’une théorie du genre « correcte » et de la nécessité d’une contre-révolution anthropologique. Qu’entendez-vous au juste par « théorie du genre correcte » ?
– En principe, la « théorie du genre » désigne une théorie des rôles de genre. En d’autres termes : aucune contrainte logique n’oblige une telle théorie à être fondée sur le reniement du biologique, mais historiquement, c’est cette direction qu’elle a prise. La contre-révolution anthropologique, c’est de comprendre notre corporéité, d’accepter notre existence corporelle, c’est de chercher la réunification du corps et de l’âme. Il est par exemple curieux de constater que, alors même qu’il est commun de reprocher à la vision traditionnelle de l’homme un caractère anti-érotique, en réalité, c’est justement cette vision qui proclame l’unité du corps et de l’âme, et évite par conséquent de tomber dans la négation du corps. Du point de vue de la sexualité, ce qui se passe de nos jours sur les campus américains – les déclarations de consentement, à signer par écrit ou à travers des applications – est tout sauf libérateur. Ces procédures bureaucratisent les relations sociales et l’intimité humaine jusqu’à les rendre totalement étrangères à la vie – jusqu’à évoquer certaines scènes des Monty Python.
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