Les tentatives des États-membres de l’UE en vue de s’entendre sub rosa avec Kiev pour soustraire aux restrictions imposées celles des langues locales qui sont aussi parlées sur le territoire de l’Union – de façon à ce que ces interdictions ne frappent que la langue russe – conduisent à une double discrimination à l’encontre de la population ukrainienne de langue russe, lésée dans ses droits aussi bien par rapport aux langues de l’UE que par rapport à la langue ukrainienne. En application de la loi ukrainienne sur l’enseignement, le 1er septembre 2020, les écoles de langue russe ont été complètement supprimées. Les enfants ne peuvent plus bénéficier d’enseignements dans leur langue maternelle qu’en primaire (représentant là-bas les quatre premières classes), mais uniquement en parallèle d’un enseignement approfondi et obligatoire de la langue ukrainienne. Cependant, ceux des élèves qui suivent un enseignement dans des langues parlées dans les États-membres de l’UE bénéficient d’un sursis jusqu’en 2023. Ce sursis n’a pas été accordé à ceux qui étudient en russe. Une autre « exception » à cette règle d’ukranisation totale a été faite au profit des ethnies dites « peuples autochtones de l’Ukraine », qui conservent leur droit à un enseignement dans leur propre langue – mais Kiev n’inclut dans cette catégorie que les Tatares de Crimée, les Karaïtes et les Krymtchaks. Mais, pour chacune de ces ethnies, le nombre de ses représentants vivant en Ukraine est fort révélateur : trois mille tatares de Crimée (sur un total de 280 000 tatares de Crimée vivant dans le monde), à peu près 400 karaïtes (sur deux mille) et plus ou moins 120 krymtchaks (sur à peu près 1500). Je voudrais rappeler que des millions de russes vivent en Ukraine, où la langue russe est parlée et utilisée par une écrasante majorité de la population.
– Lors de leur rencontre de Genève en juin, le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Joe Biden ont fait savoir qu’ils ne souhaitent pas déclencher une nouvelle guerre froide. En termes de politique de sécurité, la situation actuelle peut-elle être comparée à l’ambiance glaciale de la Guerre froide ?
– Je ne pense pas que les parallèles historiques de ce genre soient légitimes. Comparée à l’époque de la Guerre froide, la situation actuelle de la politique miliaire dans le monde présente à la fois des ressemblances et des différences de principe, d’une grande importance. D’une façon ou d’une autre, nous sommes bien loin de ce point le plus bas qu’avaient atteint les relations américano-soviétiques au moment de la crise des missiles de Cuba en 1962 – à l’époque, nous étions littéralement à deux doigts de la guerre nucléaire. Pour autant, on ne peut pas ignorer les contradictions existantes entre les principaux acteurs mondiaux – lesquelles ne font malheureusement que s’approfondir. C’est entre autres la conséquence de la ligne adoptée par Washington, consistant à s’opposer de plus en plus agressivement au développement de la Russie et de la Chine. C’est cette politique qui a amené les États-Unis, d’une part à dénoncer unilatéralement les accords de contrôle des armements, d’autre part à étendre leurs capacités militaires sur les théâtres d’opération de l’Europe et de l’Océan Indien.
Malgré tout, en conclusion de la rencontre de Genève, les présidents russe et américain ont émis un communiqué commun, qui confirme l’attachement des deux parties au principe formulé il y a 35 ans, selon lequel, compte tenu du fait qu’une guerre nucléaire ne peut pas avoir de vainqueur, de telles guerres ne devront jamais avoir lieu.
De la part des Américains, cela représente pour cette année, après la prolongation de l’accord START–3, un deuxième geste en vue du retour à une attitude responsable dans la gestion des aspects-clé de la sécurité internationale. Parmi les moments susceptibles d’inspirer confiance, je mentionnerais aussi les discussions d’ouverture du dialogue russo-américain sur la stabilité stratégique, qui se sont tenues le 28 juillet à Genève, conformément à la décision des deux chefs d’État. On attend aussi le lancement de négociations sur la cybersécurité, dont l’objectif sera la mise en place d’une coopération systémique en vue de neutraliser les dangers face auxquels nous souffrons d’une vulnérabilité commune. Le Président russe a entre autres déclaré publiquement, et avec une totale clarté, que nous pouvons obtenir des résultats dans tous les domaines, mais uniquement par la voie de négociations visant à un équilibre préservant les intérêts de chacune des deux parties.
Quoi qu’il en soit, nous restons réalistes, et nous rendons bien compte que la voie menant à la détente est parsemée d’embûches. Aujourd’hui, dans ce domaine, contrairement à l’époque de la Guerre froide, tout ne dépend plus des accords passés entre Russes et Américains – loin de là ; mais bien des choses, malgré tout, en dépendent encore.
De nos jours, le nombre des acteurs et des facteurs exerçant une influence sur la situation de la sécurité internationale est bien plus élevé que par le passé. La Russie, en sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, continuera à apporter une contribution significative au maintien de la stabilité mondiale, en appliquant une politique étrangère responsable, pragmatique et prévisible, dont le but est de neutraliser les dangers menaçant la sécurité générale, mais aussi de créer des conditions propices au développement pacifique de tous les pays.
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